On m'avait prévenu qu'on n'approchait pas Copi sans dégâts. Je n'avais pas compris que les dégâts seraient pour moi.
C'était le cinquième spectacle de ma journée, celui qu'on aborde en se demandant ce qu'il nous reste à donner. Réveillon du Nouvel An, treizième étage d'une tour de La Défense, une porte fermée à clé. Jean, Luc et leur voisine Daphnée, défoncée à l'acide, sont coincés ensemble pour la nuit. Il y a un boa dans les toilettes. Un hélicoptère s'écrase sur l'immeuble d'en face. La fatigue n'a pas tenu trois répliques.
Copi a écrit ce texte en 1978 et il est resté longtemps trop sulfureux pour qu'on ose le monter. Lewis Janier-Dubry le prend au mot : ses comédiens jouent masqués, visages blancs et nez pointus, et le décor a l'air de sortir de leurs corps au lieu de les attendre sagement. Rien n'est joli. Tout est précis.
Ce qui m'a sidéré, c'est la conduite du rythme. La pièce monte, monte encore, ne redescend jamais vraiment, et on rit de plus en plus fort à des choses de moins en moins drôles. Arrive le moment où la salle ne sait plus si elle doit rire ou avoir peur, et c'est exactement là que le spectacle est le meilleur, dans ce petit vertige où la comédie se retourne contre vous.
La compagnie Sixième Mur a décroché un Laurier en 2025 et je comprends très bien pourquoi. Je suis sorti essoré, un peu sonné, incapable d'enchaîner sur autre chose. Du théâtre à vif comme le OFF en offre rarement. Allez-y.
Les masques, visages blancs et nez pointus, qui rendent le carnage à la fois plus drôle et beaucoup plus inquiétant.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après sixiememur.com· radiospeed.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.