Le même spectacle, dans la même salle, depuis 1957. C'est le record du monde de longévité, et ça se visite comme un monument autant que ça se regarde.
On ne va pas à la Huchette comme on va ailleurs. On y va en sachant qu'on entre dans une machine à remonter le temps, avec les décors et les costumes dessinés par Jacques Noël en 1957 et la mise en scène de Nicolas Bataille conservée telle quelle. C'est un objet historique, et il faut l'accepter avant de s'asseoir.
Les Smith reçoivent les Martin, la pendule sonne dix-sept fois, la bonne s'appelle Mary, le pompier passe, et la langue se décompose lentement jusqu'à ce que les mots cessent complètement de vouloir dire quelque chose. Ionesco appelait ça une anti-pièce. Soixante-dix ans plus tard, l'effet reste intact parce que le texte n'a jamais cherché à décrire son époque.
Ma réserve tient à la mise en scène, et elle est assumée par la maison : il n'y a pas de folie, pas de prise de risque, rien qui bouscule. C'est un patrimoine qu'on entretient plus qu'une proposition qu'on renouvelle. Mais le texte se suffit à lui-même, et on passe un très bon moment sans que la salle ait besoin d'en rajouter.
Le record du monde tient toujours. Allez le voir avant qu'il ne devienne une carte postale.
La pendule qui sonne n'importe comment, et la certitude que personne dans la salle ne trouve ça anormal.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après theatre-huchette.com· fr.wikipedia.org. Les impressions de salle sont les nôtres.