Un père, une fille, un fils, et une morte dont ils parlent depuis dix ans. C'est un spectacle sur le deuil, et on y rit beaucoup.
Le deuil au théâtre, c'est un terrain où l'on glisse vite. Soit on tombe dans la pudeur tellement retenue qu'il ne se passe plus rien, soit on force la larme. Théo Askolovitch a trouvé une troisième porte, et elle passe par la drôlerie.
Dix ans après la mort de la mère, la famille raconte : l'annonce, l'enterrement, les rituels religieux, et surtout l'après. Askolovitch est au plateau avec Serge Avédikian et Marilou Aussilloux, qui jouent son père et sa sœur. Le montage ne suit pas la chronologie mais la logique de la mémoire, par chapitres, avec cette façon qu'ont les souvenirs de revenir dans le désordre et de s'accrocher à des détails minuscules.
Ce qui rend la chose tenable, c'est que l'autodérision n'est jamais une fuite. On rit des enterrements comme on en rit vraiment quand on y est, c'est-à-dire par nécessité. Et les dialogues ont une fluidité que je n'ai pas souvent entendue sur un plateau : ça parle comme une famille parle, avec les phrases coupées et les répétitions.
C'est la deuxième création d'Askolovitch après 66 jours. Je vais suivre la troisième.
La façon dont les trois se coupent la parole pour raconter la même scène, et dont aucune version ne coïncide.
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