Le mal-être paysan porté à hauteur d'homme, avec assez d'humour pour nous cueillir au moment exact où l'on ne se protège plus.
Augustin élève des porcs dans la Somme. Camille est sa femme, et c'est elle qui raconte : elle l'a vu perdre pied à mesure que le métier cessait de le faire vivre, jusqu'au geste irréparable. Le spectacle est inspiré du témoignage « Tu m'as laissée en vie », et derrière ce couple se profile un drame silencieux, celui des centaines de paysans qui se donnent la mort chaque année en France, écrasés par la volatilité des prix et la pression agro-industrielle.
Ils sont cinq sur le plateau, deux pour porter le couple et trois pour tout le reste, avec quelques bottes de foin qu'on réagence pour composer les lieux. Le pari de Marie Benati et Rémi Couturier est le plus difficile qui soit : faire rire d'un sujet qui déchire. Ils le tiennent, et c'est précisément parce qu'on a ri pendant une heure qu'on n'a plus aucune défense quand la fin arrive.
La bande n'a pas été unanime, et je le mentionne parce que ça compte. Deux d'entre nous ont trouvé que le spectacle appuyait trop, que l'émotion était un peu conduite. Les autres sont sortis en larmes. Je suis du second groupe, mais l'objection est recevable : la pièce sait très bien où elle veut nous emmener et elle ne s'en cache pas.
Reste que c'est du théâtre populaire au meilleur sens du terme, celui qui prend un sujet dont personne ne parle et le rend insupportablement concret. On rit beaucoup, on pleure franchement, et on ressort en ayant compris quelque chose.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après la-factory.org· coupsdoeil.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.