Une utopie matriarcale qui se retourne contre elle-même. L'idée est passionnante, et je reconnais être passé à côté d'une partie du chemin.
Ce qui m'a intéressé ici n'est pas le renversement des rôles, qu'on a déjà vu, mais ce que la pièce en fait ensuite. Quatre comédiennes imaginent un monde d'après, une utopie matriarcale où les femmes, affamées par des siècles de privation, ont pris le pouvoir et « mangent » leurs anciens oppresseurs. Et là, au lieu de savourer, le spectacle se met à douter de lui-même.
La question qu'il pose est la bonne : peut-on bâtir un monde post-patriarcal sans reproduire la violence qu'on dénonce ? Une société féministe peut-elle à son tour verser dans l'injustice ? La pièce navigue entre passé, présent et futur et convoque les grandes voix de la pensée féministe sans jamais transformer le plateau en séminaire.
Il y a de très beaux moments, et on sent une compagnie animée par une vraie nécessité, ce qui se voit tout de suite et ne se fabrique pas. Le foisonnement m'a en revanche fait perdre le fil de ce que l'idée avait de plus tranchant, et je dis bien : m'a fait perdre le fil, à moi.
C'est un récit collectif intelligent sur le trauma des violences faites aux femmes, et une compagnie dont j'ai très envie de voir le prochain spectacle. Rendez-vous à la suite.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après maze.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.