Dans ce village, on paie en mots. Cent quatre-vingt-dix-neuf pour un radiateur. Il faut environ dix minutes pour comprendre où ça mène.
L'idée de départ est de celles qui restent longtemps après. Dans ce village du Grand Nord, le seul trésor est la langue. Arrive un marchand qui vend des objets « indispensables » payables en mots : cent quatre-vingt-dix-neuf pour un radiateur. Le vocabulaire s'épuise. Et avec le vocabulaire, la parole, puis la pensée.
Youma est sourde, et c'est elle qui tient. La langue des signes est la seule qu'on ne peut pas lui prendre, et elle devient de fait la dernière langue de résistance du village. Léonore Confino a écrit là une fable dont l'actualité est glaçante, et Catherine Schaub la met en scène en faisant dialoguer le français et la langue des signes de bout en bout.
Le décor est arctique, arrondi, minimaliste, et joue en permanence le chaud contre le froid, le vide contre le plein. Le dispositif bilingue n'est pas un supplément d'accessibilité posé à côté du spectacle : il en est le cœur battant, et l'expressivité de la langue des signes finit par subjuguer même ceux qui n'en comprennent pas un mot.
Quand les gens n'ont plus les mots, dit la pièce, ils recourent à la violence. C'est un théâtre ambitieux, à la narration limpide, qui ouvre grand ses portes au lieu de les entrouvrir. Au Théâtre du Balcon.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après theatredubalcon.org· lestroiscoups.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.