Un président et sa femme s'invitent à dîner chez une famille normande, et le repas dure sept ans. C'est peut-être la plus belle chose qu'on ait vue.
Il faut se méfier des superlatifs, et je vais quand même en employer un : c'est possiblement la meilleure pièce que j'aie vue de ma vie. On l'a découverte à Avignon en 2025, jouée en plein air, et l'effet ne s'est pas dissipé depuis. C'est aussi la seule note maximale de tout notre tableur portée par trois claqueurs à la fois.
Le dispositif est une trouvaille. Le 31 décembre, la famille Deschamps-Corrini accueille dans sa petite maison normande un couple d'invités exceptionnel : Valéry Giscard d'Estaing et son épouse Anne-Aymone. Le repas dure sept ans, exactement la durée du mandat, de 1974 à 1981, et traverse les deux chocs pétroliers. On parle Minitel, avortement et chômage entre la poire et le fromage.
L'acteur qui joue Giscard lui ressemble en tout point, jusqu'à la diction, et c'est bluffant du début à la fin. Les décors font le reste : on se croit vraiment à ce dîner-là, avec ce couple-là, dans cette maison-là. Et régulièrement les personnages basculent en chanteurs de variété, de Diane Tell à Claude François, sans que la soirée perde son fil une seconde.
On apprend énormément, le sujet est quadrillé avec une intelligence rare, et les blagues tombent toujours juste. C'est le troisième épisode du cycle « Huit rois (nos présidents) » de Léo Cohen-Paperman, et le quatrième qu'on chronique ici après Chirac, Sarkhollande et Génération Mitterrand. C'est celui qui nous a le plus retournés.
Le repas qui s'étire sur sept ans sans qu'on quitte jamais la table, et la France entière qui défile entre deux plats.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après artcena.fr· theatrechevillylarue.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.