Un algorithme désigne un chômeur président de la République. Sur le papier, l'idée m'inquiétait un peu. Sur le plateau, elle tient debout.
Les satires politiques qui partent d'un pitch aussi gros me font en général peur : on devine la cible dès la deuxième réplique et il ne reste plus qu'à attendre la chute. Ici, Casimir apprend au milieu d'un dîner de famille, par le présentateur du journal télévisé, qu'un algorithme vient de le désigner futur président de la République. Commence une odyssée hallucinée à travers une France fragmentée, de l'université à l'hôpital. Je n'ai rien deviné du tout.
Ils sont six. Un comédien tient Casimir de bout en bout, les cinq autres jonglent avec une foule de personnages, sur une scénographie de bric et de broc, des chaises et une table récupérées. Le texte est d'Élie Salleron, et la compagnie Navaquesera assume complètement la surenchère : on est dans le grand n'importe quoi organisé, et c'est l'énergie de troupe qui tient l'ensemble debout.
Je comprends qu'on trouve la satire un peu large. Elle vise beaucoup de choses à la fois, l'université, l'hôpital, la rationalité froide et robotique des institutions, et toutes les flèches ne partent pas droit. Mais je préfère mille fois un théâtre qui tente trop plutôt que pas assez, surtout quand il est porté par un interprète principal de ce calibre.
Ce que la pièce réussit vraiment, c'est de faire de l'imagination une arme, sans jamais avoir l'air d'un tract. On en ressort le sourire aux lèvres et vaguement inquiet, ce qui est exactement le bon dosage. À La Factory.
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Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après festivaloffavignon.com· bertrandferrier.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.