Trente-cinq minutes, deux danseuses, un canapé. Il ne se dit pas un mot et on comprend tout.
Trente-cinq minutes, c'est court. C'est aussi exactement la durée qu'il faut à Kairós pour installer un état et n'en plus sortir. Le mot, en grec, désigne l'instant opportun, ce moment où le temps semble suspendu, et la compagnie Fika a construit toute la pièce autour de cette sensation-là.
Elles sont deux et elles ne dansent pas la même chose. Maria Pinho vient du hip-hop et du krump, Charline Nolin de la danse contemporaine et de la contorsion. Ce sont deux vocabulaires que rien n'oblige à se rencontrer, et c'est précisément le sujet : deux corps qui cherchent leurs repères dans un espace à apprivoiser, et l'un avec l'autre.
Il y a un canapé, et c'est tout le décor. Il devient partenaire de jeu, obstacle, refuge. L'écriture chorégraphique est géométrique et angulaire, ouvertement inspirée du Tetris et du Rubik's Cube : les corps se décomposent, se recomposent, cherchent la bonne place et ne la trouvent pas tout de suite.
Il n'y a rien à décoder ici, seulement à se laisser porter. C'est un joyau bref, plein d'énergie et de complicité, et il tient dans une pause déjeuner. Au Golovine, ne le laissez pas passer.
Vous avez vu ce spectacle ? Applaudissez-le d'ici.
Faits de production (autrice ou auteur, mise en scène, salle, synopsis) d'après critiquetheatreclau.com· 84.agendaculturel.fr. Les impressions de salle sont les nôtres.